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Le château de Seraing-le-Château

©Alex Marchand
©Alex Marchand

Le château de Seraing-le-Château : un témoin majeur de l’histoire verlainoise

Perché sur une hauteur dominant la vallée et les anciennes voies reliant Liège à Huy, le village de Seraing-le-Château abrite l’un des sites patrimoniaux les plus remarquables de la Commune de Verlaine. Dès le Moyen Âge, le lieu exerce un rôle central dans la région en accueillant une haute cour de justice ainsi qu’une cour féodale et censale, signes d’un pouvoir local solidement établi.

Du site médiéval à la forteresse

Le domaine adopte sa véritable configuration castrale au 14ᵉ siècle, lorsque les seigneurs de Haneffe, alors propriétaires des terres, font édifier une forteresse autour d’une tour préexistante, vers 1302. Bien que de dimensions modestes, l’édifice joue un rôle politique et symbolique important.

Une partie du noyau médiéval est encore visible aujourd’hui. Le donjon — une tour rectangulaire en grès et en calcaire élevée sur cinq niveaux — présente des murs très épais percés de peu d’ouvertures. Un escalier voûté, intégré dans l’épaisseur du mur sud-est, conduisait autrefois à l’étage supérieur, éclairé par trois baies. Le donjon fut progressivement complété par des constructions au nord ainsi que par quatre tours d’angle, dont deux datent du 16ᵉ siècle. Certaines conservent encore des éléments architecturaux anciens, tels qu’un tympan en demi-lune ou des corniches moulurées.

La période de la maison de La Marck

À la fin du 14ᵉ siècle, la seigneurie passe à la maison de La Marck, illustre famille originaire de la vallée du Rhin et active à Arenberg et Sedan. Cette lignée occupe le château pendant près de quatre siècles, marquant durablement son histoire.

Parmi ses représentants, Guillaume de La Marck, surnommé le Sanglier des Ardennes, demeure la figure la plus marquante. Seigneur de Seraing-le-Château dès 1477, il s’illustre dans les luttes opposant les grandes familles liégeoises au prince-évêque. Son implication dans l’assassinat de l’évêque Louis de Bourbon en 1482 lui vaut d’être pourchassé ; il est capturé et exécuté en 1485. Le château lui servit de refuge grâce à sa position naturellement défensive.

Au 16ᵉ siècle, les La Marck s’engagent dans les conflits religieux et soutiennent les protestants face au pouvoir espagnol. Le château est même assiégé en 1568 par le prince-évêque Jean de Groesbeek, dans le contexte des guerres de religion et des tensions liées à Guillaume d’Orange. La famille conserve la seigneurie jusqu’au 18ᵉ siècle.

Du déclin à la reconstruction

À la fin du 18ᵉ siècle, la seigneurie passe par mariage à la maison d’Arenberg, avant de subir les bouleversements de la Révolution française. Après une période de ventes successives, le château est touché de plein fouet par un incendie en 1868.

L’architecte Demany est chargé de la reconstruction, menée dans un style néogothique inspiré de l’esthétique médiévale. Cette campagne redonne au site son allure caractéristique : façades crénelées, tours restaurées ou recréées, arcs trilobés, baies géminées et détails sculptés dans le grès et le calcaire. Les nouveaux bâtiments s’articulent autour du donjon, selon une disposition en L. De nombreuses structures – dont certaines tours et arcatures – témoignent encore de cette reconstruction du XIXᵉ siècle.

Un patrimoine fragile mais toujours présent

Après la Seconde Guerre mondiale, le château connaît une nouvelle période de déclin. La vente à un démolisseur entraîne la perte de plusieurs éléments remarquables, puis l’absence d’entretien provoque effondrements et dégradations. Dans les années 1960, l’abbé Valéry Stuyver acquiert le site et entreprend des travaux de consolidation, mais un incendie survenu en 2003 ruine largement ces efforts.

Aujourd’hui, l’extérieur du château subsiste, bien que les niveaux supérieurs et les toitures aient disparu. Le donjon, les vestiges de crénelages, les arcs en plein cintre et les douves encore perceptibles rappellent toutefois la valeur historique du lieu et l’importance du patrimoine bâti verlainois.

Un projet tourné vers l’avenir

En 2015, le domaine est acquis par Ed van der Marck, descendant de la famille de La Marck. Son objectif est de restaurer progressivement le site et de lui redonner une vocation d’accueil, tout en préservant ses caractéristiques patrimoniales.
Si le château ne se visite pas, il demeure visible depuis la route et continue de susciter l’intérêt des habitants et des passionnés d’histoire.

Le château de Seraing-le-Château constitue, encore aujourd’hui, un héritage majeur de notre commune et un témoin précieux des siècles qui ont façonné Verlaine.